Interview de S.E Mr. Abdelaziz Khelef,  Directeur Général de la BADEA,

Accordée au Journal Array Alaam

A une première question concernant l'éventuelle lien entre la signature de l'Accord d'établissement de la Banque Arabe pour le Développement Economique en Afrique (BADEA) au sommet arabe d'Alger et la nationalité algérienne du directeur général, Mr. Khelef a d'abord remercié le journal pour l'intérêt qu'il porte à la BADEA et a expliqué que  le fait que le directeur général de la Banque soit algérien est un acte fortuit. Il a souligné qu'après l'achèvement du mandat de l'ancien directeur général, il était nécessaire d'élire un nouveau directeur général et cela s'est décidé lors de la réunion  du conseil des gouverneurs au Maroc en avril 2006; l'Algérie a présenté son candidat qui fut élu lors de cette réunion. Par ailleurs, l'Algérie a toujours exprimé sa vocation africaine qui s'est manifesté dans les faits.  C'est ainsi que, depuis son indépendance, l'Algérie a saisi l'importance du  rapprochement entre les peuples arabes et africains et cela remonte à sa guerre d'indépendance, durant laquelle les pays arabes et  africains ont soutenu la révolution à travers un mémorable élan de  solidarité.  De ce fait, le sentiment d'appartenance de l'Algérie à l'univers africain s'est reflété avec force dans les orientations de sa politique étrangère. Mr. Khelef a ajouté que sa  présence en tant que directeur général de la BADEA  traduit ses orientations.

 Le journaliste a posé une question au directeur général concernant son évaluation  du travail achevé par la BADEA depuis sa création en 1973,  et si ses ambitions  ont été atteintes. Le directeur général a répondu en soulignant  que les actions menées par la BADEA depuis le début de ses opérations en Afrique subsaharienne en 1975  soit depuis 33 ans, sont positives à plusieurs titres:

 Premièrement, par le volume cumulé des financements des projets ou des opérations d'assistance technique octroyés aux pays africains depuis 1975,  qui dépasse 3 milliards de dollars, la BADEA a financé près de 420 projets de développement et environ 400 opérations d'assistance technique, ce qui constitue un effort considérable.

Deuxièmement, la nature des projets qui ont bénéficié de ses financements, montre que la priorité a été donné aux infrastructures de base 50 % (routes, environnement, électricité), au développement rural et à la sécurité alimentaire pour 25%, et au secteur du développement humain et social pour 20%. Le directeur général qui a fait remarquer que tout développement se fait grâce à l'essor  des infrastructures, considère qu'en  allouant 50% de ses fonds à ce secteur,  la BADEA a donc donné priorité aux bases du développement. Mais,  il a indiqué  qu'il il faut également lutter contre la pauvreté, élever le niveau de la sécurité alimentaire et du développement rural, et le fait d'allouer 25% de ses fonds à ce dernier secteur constitue un effort louable. Enfin, le développement des ressources humaines, essentiel pour toute action durable a bénéficié de prés de 20% des financements.

Le journaliste s'est interrogé, ensuite comment les africains évaluent le rôle de la BADEA pour le  développement de leurs pays. Le directeur général a répondu, qu'à travers ses déplacements et ses entretiens avec les dirigeants et les responsables africains, il a  ressenti  que ces derniers ont une bonne image de la BADEA. En fait, ces responsables affirment qu'ils considèrent que la Banque fait partie des entités qui contribuent effectivement au développement des pays africains.  Lorsque ses derniers sont en difficultés, ils s'adressent  à la BADEA puisqu'ils sont convaincus qu'elle va non seulement les aider, mais aussi les assister pour obtenir des fonds d'autres institutions arabes pour financer leurs projets. Le directeur général a ajouté, que plusieurs dirigeants africains ont confirmé qu'ils s'adressent à la BADEA parce qu'elle offre ses financements sans conditions. Cela a souligné Mr. Khelef est très important parce que la majorité des financements sont offert à l'Afrique à travers les institutions internationales qui posent des conditions d'ordre politique (changement de la politique monétaire et de financement) qui ne sont pas sans gêner les états africains. Mr. Khelef a expliqué que la BADEA finance les pays africains sans conditions d'ordre politiques optant, ainsi, pour le financement des projets qui servent le développement économique en Afrique et particulièrement les catégories les plus pauvres dans ces pays.

 Le journaliste s'est également interrogé sur l'impact de ces interventions et des projets de développement sur l'homme africain, pour réduire l'ignorance, la pauvreté, et la maladie. Le directeur général a expliqué que  lorsque des routes sont bâties, elles désenclavent certains bourgs, que lorsqu'un projet de développement agricole est élaboré, il contribue à augmenter les revenus des paysans et agriculteurs, et lorsqu'on bâtit  une école et on l'équipe, la vie des gens change.

 Le journaliste  s'est enquéri de l'impact des projets d'assistance technique sur la perception des africains, leurs modes de vie, leurs aspirations et le développement de leurs capacités humaines. Mr. Khelef lui   a précisé que la présence d'experts par le biais de l'assistance technique est principalement basée sur l'envoi d'experts arabes dans les pays africains pour aider ces derniers dans certains domaines (préparation de projets et  création d'institutions). Le directeur général a ajouté que la BADEA donne souvent la priorité  aux conseillers et entrepreneurs arabes pour la mise en oeuvre des projets de développement. En effet, le consultant ou l'entrepreneur étranger rentre chez lui, après avoir accompli sa tache, alors que l'expert arabe reste et cela donne une valeur ajouté à la notion de coopération. C'est pour cela que la BADEA a de nombreux experts arabes  présents dans plusieurs pays africains.

Le journaliste a cherché à connaître un peu plus sur l'engagement moral des arabes envers les africains à travers le financement des projets de développement depuis la résolution du sommet d'Alger de 1973, et a demandé par la même occasion, comment les africains évaluent cet engagement? Le directeur général a tenu, d'abord à souligner à cet effet que cet engagement est durable et visible. Ensuite, il a précisé que la BADEA  réalise un bénéfice annuel grâce à ses investissements, plutôt que par le biais des projets. En effet, le financement des projets de développement pour les pays les plus pauvres se fait à des taux très alléchants: la durée des prêts est de 30 ans, la durée de grâce est de 10 ans, et le taux d'intérêt est inférieur à 1%, presque gratuitement. Ces termes tranquillisent les africains et leur permettent  de faire face aux conditions des fonds de financement internationaux tels que ceux du Fonds monétaire international. Les africains aperçoivent  l'engagement financier, technique et moral des arabes de par la présence de la BADEA depuis plus de 33 ans, et l'engagement des Etats arabes qui possèdent la BADEA, de capitaliser tous ses  bénéfices par le biais des investissements afin d'accroître les possibilités de financement. Le directeur général a précisé que cet engagement répond aux choix des pays africains et ne leur impose jamais rien. Au contraire, la BADEA  essaye autant que possible d'adapter ses financements avec les besoins de ces pays.

Le journaliste s'est aussi interrogé si la BADEA a réussi en tant que mécanisme arabe, qui a pour but de réaliser la solidarité et la  coopération arabo-africaine. Mr. Khelef a répondu qu'en tant qu'une institution qui  finance des projets de développement et  qui octroie l'assistance technique et l'investissement, la  BADEA a réussi.

En réponse, à la question  sur les conditions et avantages pour les sociétés arabes qui participent à la mise en œuvre des projets, le directeur général a affirmé que la préférence est donnée aux entreprises arabes et africaines. Près de 90%  des consultants sont arabes et africains, et près de 60% - 70% des entreprises sont arabes et africaines.  Mr. Khelef a précisé que l'objectif est de promouvoir un partenariat  arabo-africain pour mener une action commune dans le domaine des consultations et de l'entreprenariat pour mettre en œuvre les projets de développement. Seuls les projets complexes techniquement sont  octroyés aux  sociétés étrangères.

Le journaliste a demandé dans quelle mesure le secteur privé arabe bénéficie des fonds pour le financement du commerce et de l'investissement. Le directeur général a précisé que presque toutes les entreprises qui mettent en oeuvre les projets de la BADEA et les entreprises de consultations sont du secteur privé arabe (de l'Arabie saoudite, du Koweït, du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie). Il y a aussi des entreprises du Kenya, Sénégal, Afrique du Sud et d'autres pays. En fait, le secteur privé tire profit de la BADEA à travers les entreprises et les entreprises de consultations.

A la question ayant trait au financement  du secteur commercial mis en œuvre par la BADEA, le directeur général a précisé que le but de ce dernier est d'encourager les exportations arabes vers les pays africains par le biais de la Banque islamique de développement à Djedda au nom de la BADEA. En fait, sur 100 millions de dollars alloués pour financer les exportations arabes vers les pays  africains, 75 millions ont déjà été utilisés. Ce programme a permis le financement de certaines exportations (pétrole, engrais et matériels divers). A propos du type des produits exportés et leur origine,  le directeur général a réitéré que ses produits incluent le pétrole et les matériaux raffinés, la pétrochimie, les engrais et du matériel.  Les Etats qui ont bénéficié de ces fonds sont 12 pays d'Afrique de l'Est et d'Afrique de l'Ouest. Le directeur général a, en outre, expliqué que ce programme complète celui du financement des projets, puisque c'est un programme annuel qui consolide les économies des pays africains et arabes, et établit des relations entre les exportateurs et les importateurs issus des secteurs public et privé.

Le journaliste a demandé au directeur général dans quelle mesure le Soudan qui se trouve au cœur de l'Afrique, et comme pays de siège, pourra bénéficier de la BADEA pour financer ses exportations vers les pays africains. Ce à quoi Mr. Khelef a répondu en disant que la BADEA est prête à financer toutes les exportations soudanaises vers l'Afrique, mais, qu'à ce jour  la Banque n'a pas reçue des demandes émanant des pays africains pour  importer les marchandises soudanaises.

 Le journaliste  s'est interrogé, par ailleurs, si le secteur privé soudanais est suffisamment informé  sur le financement du commerce par la BADEA. Le directeur général a assuré que le  secteur privé soudanais est au courant et qu'il y a de nombreux consultants soudanais qui travaillent dans les pays africains. Il a précisé que le financement des exportations dépend de la demande des états africains pour les produits qui devraient être importés.

A la question posée par le journaliste à propos du soutien et des facilitées octroyées par le gouvernement soudanais  pour faciliter le travail de la BADEA, Mr. Khelef a affirmé qu il y a un soutien  réel   de la part du gouvernement soudanais envers la BADEA et son action pour la coopération arabo-africaine.  A cet effet, le directeur général a rappelé que  l'ancien ministre des finances, Mr. Alzubair Muhammad Alhassan et l'actuel ministre Dr. Awad Aljaz ont tous les deux soutenu la BADEA. Le directeur général a précisé  qu'il a  récemment rencontré ce dernier qui lui a affirmé son  soutien et son encouragement  pour la coopération arabo-africaine. Le directeur général  a également indiqué qu'il s'est entretenu avec Son Excellence le président Umar Albasheer, qui s'était félicité du rôle de la BADEA comme un  mécanisme arabe efficient pour renforcer la coopération arabo-africaine et a  encouragé la BADEA à persévérer dans ce cadre. Le directeur général a aussi mis en exergue le soutien apporté à la BADEA par son Excellence Mr. le Président de la république du Soudan, l'une des grandes personnalités qui soutiennent l'action arabo-africaine.

 Le journaliste a posé une question relative aux nombres de travailleurs soudanais à la BADEA. Mr. Khelef a répondu qu'il y a de nombreux soudanais de grandes compétences qui travaillent pour la Banque. En fait, le directeur général de la BADEA a expliqué que sur 130 employés, il y a prés de 100 soudanais soit  environ 77% du nombre  total d'emplois disponibles. Le directeur général a saisi cette opportunité pour les saluer et les remercier pour le travail fourni.

Le directeur général a clôturé l'interview en réitérant ses remerciements au journal Array Alaam pour l'intérêt  qu'il porte à la BADEA. Il a également exprimé sa joie d'être à Khartoum à la tête de la BADEA, et a réitéré par la même occasion ses vifs remerciements  aux autorités soudanaises pour l'assistance et l'aide prodiguées à cette institution.

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